Daisy est secrétaire du Foyer de l’éducation de l’ANEF 63. Après le déménagement dans les nouveaux locaux de la rue Auger à Clermont-Ferrand, maintenant partagés avec ceux de l’Open Environment Education Service (AEMO), il nous semblait important de revenir un peu sur l’histoire de cet établissement. Dans chaque bouche : vous devez vous tourner vers Daisy.
Lundi 23 novembre. Masques sur le visage, tous dans la grande salle de réunion de l’association. Personne ne s’embarrasse de discours. Tous les établissements et services sont désormais réunis sous cette même adresse. L’ambiance est agitée. Au beau milieu d’une conversation, la routine se rappelle à nous : impossible de mettre la main sur les clés. Daisy intervient, aussi discrète qu’efficace. Trente-trois années à veiller sur ce lieu font d’elle bien plus qu’une secrétaire : repère, mémoire vivante et gardienne du foyer, elle s’est imposée, au fil des années, comme passage obligé pour tous.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours chez ANEF 63 ?
« J’ai traversé le temps avec le Foyer. Je suis arrivée à l’ANEF le 2 janvier 1987. J’avais 26 ans. À l’époque, j’étais recrutée comme TUC, un type de contrat collectif du service public. Mon outil principal, c’était une machine à écrire Marguerite. Pour les copies, on avait un polycopieur : bruyant, salissant, loin du confort moderne. On tournait à la main, l’encre se déposait partout. »
« On n’était que seize dans l’association. On bricolait dans nos locaux de la rue Anatole France : des boîtes à œufs tapissaient la salle de réunion pour l’isolation, une trappe reliée au bureau du directeur permettait de faire passer les dossiers, une vieille cheminée réchauffait les hivers. Pas de télévision, pas de jeux vidéo, mais toujours une bibliothèque pleine de vie ouverte aux jeunes. Je voulais combiner secrétariat et action sociale, je l’ai trouvé ici. »
« En 1989, la maison de la place d’Espagne a déménagé, commençant à offrir plus de logements à l’extérieur. À l’origine, seules des jeunes filles avaient une place ici, puis sont venus les couples, ensuite les familles. La maison portait une double fonction : hébergement d’accueil et centre de réinsertion sociale (CHRS). »
« La fête des dix ans reste gravée. Après une réorganisation des espaces, tout le personnel était rassemblé au même étage. On a célébré l’évènement… dans le garage du Foyer. »
« Des stagiaires, des éducateurs, des jeunes : j’en ai vu défiler. Dans quatre ans, ce sera mon tour de passer le relais, la retraite approche. Quand je regarde en arrière, toutes ces vécus pourraient remplir un livre. »
À quoi ressemble la vie au foyer ?
« Les jeunes accueillis ici n’ont souvent pas eu la chance de profiter longtemps de l’insouciance de l’enfance. Pourtant, leur attention aux autres frappe. Vivre ensemble, partager de bons comme de mauvais moments, ça construit. La formule des appartements permet à chacun de s’intégrer, de se sentir accepté. Les éducateurs sont présents, toujours à l’écoute. On travaille main dans la main, et des liens réels se nouent. »
« Prendre soin les uns des autres, c’est la règle ici. À chaque anniversaire, tous glissent un petit mot. Ça parait discret, mais la bienveillance est contagieuse, ça fait du bien à tout le monde. »
« Certains instants restent en mémoire. Quand un ancien revient, parfois des années après, et lance : “Tu ne me reconnais pas ? Non ? Heureusement que l’ANEF m’a bousculé, ça m’a aidé à avancer !” Les noms reviennent, les visages changent. »
« J’ai aimé chaque instant passé ici. Je n’ai jamais voulu manquer quoi que ce soit. Chaque statistique, chaque rapport que je préparais, je connaissais la personne derrière les chiffres. Ce poste m’a donné accès à des histoires ignorées des autres, simplement parce que je suis là, et que je reste au fil du temps. »
« Détail inattendu : une ancienne résidente a prénommé son chat “Daisy” en souvenir. Ce genre de petit geste marque un parcours. »
Quel avenir pour la nouvelle maison ?
« Continuer comme avant, avec la même énergie collective. Les jeunes tiennent aux nouveaux locaux ; certains ne cachent pas leur impatience de pouvoir y venir dès qu’ils auront l’âge requis. Derrière chaque porte, il y a des parcours qui bouleversent, des histoires que l’on ne finit pas de raconter. Ma propre histoire ne représente qu’une étape dans une aventure plus vaste. »
« Pourquoi ce lieu perdure-t-il ? Solidarité, rigueur, engagement. Ici, chaque personne maîtrise son domaine. On ne fait pas semblant. Chacun connaît son rôle et l’endosse jusqu’au bout. Voilà le secret. »
« Il me reste un point à régler avant de partir : donner un vrai nom à cette maison. Cela fait dix ans que la question trotte dans nos têtes ! »
En savoir plus sur le Foyer Éducatif ANEF 63
Le Foyer Éducatif ANEF 63 accueille des jeunes de 15 à 21 ans, filles et garçons, soit trente places disponibles depuis 2015. L’hébergement individuel se répartit entre un collectif et des logements dispersés. L’action du Foyer s’inscrit dans la protection de l’enfance, selon la mission fixée par l’article L. 221-1 du Code de l’action sociale et des familles.
Voici quelques exemples concrets des missions menées :
- assurer un accompagnement matériel, éducatif et psychologique pour des mineurs ainsi que pour leur famille et les jeunes adultes de moins de 21 ans confrontés à des difficultés graves,
- répondre à tous les besoins des mineurs confiés, organiser leur orientation en lien avec la famille ou le représentant légal,
- préserver ou renforcer les liens d’attachement entre chaque adolescent et sa famille élargie, dans l’intérêt du jeune.
La période charnière de la sortie de la protection de l’enfance a toujours occupé une place centrale dans les préoccupations et l’accompagnement pensé ici.
À l’aube de ce nouveau chapitre, la maison poursuit son chemin. Portée par le passage des voix, des visages, et ce fil invisible qui relie chaque histoire, elle ne cessera d’ajouter d’autres souvenirs : reste à savoir lequel marquera demain.

