On rédige un compte rendu de réunion, on tape « les équipes que nous avons rejoint » et le doute s’installe. Faut-il ajouter un -es à la fin ? Le verbe rejoindre au participe passé suit la règle générale d’accord avec avoir, mais deux situations piègent régulièrement : la place du COD dans la phrase et la confusion entre participe passé et adjectif verbal.
Rejoindre avec avoir : la position du COD change tout
Partons d’une phrase courante dans un mail professionnel : « J’ai rejoint l’équipe commerciale en mars. » Le complément d’objet direct, l’équipe commerciale, est placé après le verbe. On n’accorde pas. Le participe reste rejoint, au masculin singulier, quel que soit le genre ou le nombre du COD.
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Maintenant, reformulons : « L’équipe commerciale que j’ai rejointe en mars. » Le pronom relatif que reprend l’équipe commerciale (féminin singulier) et se place avant le verbe. On accorde : rejointe.
La mécanique est identique pour le pluriel. « Les personnes que j’ai rejointes à la gare » prend un -es parce que le COD antéposé, que, renvoie à un féminin pluriel. « J’ai rejoint les personnes à la gare » reste invariable.
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Vérification rapide en contexte de rédaction
Avant de valider un accord, on localise le COD en posant la question « j’ai rejoint qui/quoi ? ». Si la réponse se trouve avant le participe, on accorde en genre et en nombre. Si elle se trouve après, on laisse rejoint tel quel.
- COD avant : « La cause que nous avons rejointe » (féminin singulier, accord obligatoire).
- COD après : « Nous avons rejoint la cause » (pas d’accord).
- COD avant, masculin pluriel : « Les collègues que tu as rejoints » (accord au masculin pluriel).
- Pronom personnel avant : « Je les ai rejoints hier soir » (les reprend un masculin pluriel, accord).

Participe passé ou adjectif verbal de rejoindre : la zone grise
Les guides d’orthographe détaillent longuement l’accord du participe passé avec avoir ou être, mais ils passent souvent sous silence un cas qui génère des hésitations : rejoindre employé comme adjectif. La forme est la même, le raisonnement grammatical diffère.
Prenons « une équipe rejointe par trois nouveaux membres ». Ici, pas d’auxiliaire avoir. Le participe passé fonctionne comme un adjectif qualificatif rattaché au nom équipe. Il s’accorde donc directement avec ce nom : féminin singulier, rejointe.
Tournures fréquentes où la confusion s’installe
Dans un texte juridique ou administratif, on croise régulièrement « les causes rejointes » ou « les parties rejointes ». Ces formulations n’utilisent ni avoir ni être comme auxiliaire de temps composé. Le participe passé est épithète ou attribut du nom, et l’accord se fait avec le nom qu’il qualifie, exactement comme pour n’importe quel adjectif.
Le piège surgit quand on hésite sur la nature grammaticale du mot. « Les équipes rejointes travaillent ensemble » : rejointes est adjectif, il qualifie équipes. « Les équipes que nous avons rejointes » : rejointes est participe passé conjugué avec avoir, accordé parce que le COD que précède le verbe.
Le résultat visuel est le même (on écrit rejointes dans les deux cas), mais le raisonnement pour y arriver change. Si on se trompe de logique, on risque de sur-corriger ou de supprimer un accord pourtant correct.
Accord du participe passé de rejoindre avec être
Quand rejoindre apparaît dans une construction passive, l’auxiliaire être entre en jeu. « L’équipe a été rejointe par un consultant externe. » On applique la règle du participe passé avec être : accord systématique avec le sujet.
Quelques exemples concrets :
- « Les manifestants ont été rejoints par des riverains. » Sujet masculin pluriel, accord en -s.
- « Elle sera rejointe demain matin. » Sujet féminin singulier, accord en -e.
- « Nous avons été rejoints en chemin. » Sujet masculin pluriel (ou mixte), accord en -s.
Aucune exception propre à rejoindre ne vient compliquer cette règle. Le verbe est transitif direct, il accepte la voix passive sans particularité.
Erreurs récurrentes dans les écrits professionnels
En relecture de documents (rapports, mails, comptes rendus), certaines tournures reviennent souvent avec une faute d’accord sur rejoint.
Le pronom « les » oublié
« Je les ai rejoint ce matin. » Le pronom les, placé avant le participe, est COD. On doit écrire « je les ai rejoints » si les renvoie à un masculin pluriel, ou « rejointes » pour un féminin pluriel. C’est l’une des fautes les plus fréquentes parce que le pronom est court et passe inaperçu dans la lecture rapide.
La relative avec « que »
« La réunion que j’ai rejoint » : il manque le -e. Que reprend réunion, féminin singulier, placé avant le verbe. La forme correcte est « la réunion que j’ai rejointe ».
L’adjectif verbal pris pour un temps composé
« Les causes rejoints par le tribunal » : ici, rejoints est au masculin pluriel alors que causes est féminin. L’erreur vient d’une confusion sur le genre du nom. Le participe adjectival s’accorde avec causes (féminin pluriel) : « les causes rejointes ».

Le verbe rejoindre ne déroge à aucune règle particulière du participe passé. Toute la difficulté tient à deux réflexes : repérer si le COD précède le verbe avec avoir, et distinguer le participe conjugué du participe employé comme adjectif.
En cas de doute, la méthode la plus fiable reste de remplacer rejoindre par un verbe du premier groupe comme trouver, dont l’accord s’entend à l’oral : « la salle que j’ai trouvée » lève l’ambiguïté immédiatement.

