Ezio Auditore da Firenze traverse plus de cinq décennies d’histoire, de sa naissance à Florence en 1459 jusqu’à sa mort en 1524. Cette longévité narrative, répartie sur trois jeux principaux et plusieurs contenus annexes, soulève une question rarement posée : comment Ubisoft a-t-il découpé et distribué les étapes de cette vie sur la trilogie, et quelles conséquences ce découpage a-t-il eues sur le rythme de la chronologie jouée ?
Assassin’s Creed II devait couvrir toute la vie d’Ezio
Jean Guesdon, ancien directeur de contenu de la franchise chez Ubisoft, a révélé dans une interview publiée par le magazine Retro Gamer (relayée par GamesRadar en 2026) que le plan initial d’Assassin’s Creed II couvrait l’intégralité de l’arc d’Ezio, de sa naissance à son statut de Mentor de la Confrérie des Assassins. Le projet s’est avéré trop ambitieux pour un seul titre.
La partie où Ezio accède au rang de Mentor a donc été extraite et développée dans Assassin’s Creed Brotherhood. La conclusion de son histoire a été repoussée dans Revelations. Ce choix de production explique pourquoi la trilogie ne suit pas un découpage narratif uniforme : le premier jeu couvre une vingtaine d’années, tandis que Brotherhood se concentre sur une période bien plus resserrée.

Répartition chronologique d’Ezio dans la trilogie Assassin’s Creed
Le tableau ci-dessous synthétise la distribution des grandes périodes de la vie d’Ezio à travers les jeux de la saga.
| Jeu | Période couverte | Âge approximatif d’Ezio | Cadre principal |
|---|---|---|---|
| Assassin’s Creed II | 1459-1499 | Naissance à environ 40 ans | Florence, Venise, Romagne, Vatican |
| AC Brotherhood | 1499-1507 | Environ 40-48 ans | Rome |
| AC Revelations | 1511-1512 | Environ 52-53 ans | Constantinople, Masyaf |
| Court-métrage Embers | 1524 | 65 ans | Florence |
Assassin’s Creed II absorbe à lui seul la plus longue portion de vie, ce qui est cohérent avec la révélation de Jean Guesdon : il devait initialement porter toute l’histoire. En revanche, Brotherhood et Revelations couvrent des fenêtres temporelles beaucoup plus étroites.
Florence, Rome, Constantinople : les quêtes d’Ezio liées aux Templiers
La trajectoire d’Ezio débute par un événement fondateur : l’exécution de son père Giovanni Auditore et de ses frères, trahis par des conspirateurs liés à l’Ordre des Templiers. Cette tragédie, orchestrée depuis le Palazzo della Signoria à Florence, transforme un jeune noble insouciant en Assassin.
Sa quête de vengeance le conduit à démanteler la Conjuration des Pazzi, puis à remonter la chaîne de commandement templière jusqu’à Rodrigo Borgia. La confrontation avec Borgia au Vatican clôt Assassin’s Creed II et marque le premier contact d’Ezio avec un artéfact d’Eden, la Pomme.
Brotherhood déplace l’action à Rome. Ezio y affronte Cesare Borgia, fils de Rodrigo, et reconstruit la Confrérie des Assassins dans une ville sous contrôle templier. Le DLC La Disparition de Da Vinci s’inscrit dans cette période : Léonard de Vinci est enlevé par un culte lié aux adeptes d’Hermès, et Ezio doit le retrouver tout en découvrant un temple souterrain contenant des artéfacts pré-humains.
Revelations et la connexion avec Altaïr
Revelations envoie un Ezio vieillissant à Constantinople et à Masyaf, sur les traces d’Altaïr Ibn-La’Ahad. Cette quête n’est plus une chasse aux Templiers classique : Ezio cherche les clés de la bibliothèque d’Altaïr, qui contiennent les mémoires du premier Assassin. Le jeu relie ainsi deux protagonistes de la franchise à travers l’Animus, la machine utilisée par Desmond Miles dans le fil narratif contemporain.
Le court-métrage Embers, sorti après Revelations, montre un Ezio retiré à Florence, désormais père de famille. Sa rencontre avec Shao Jun, une Assassine chinoise venue chercher son conseil, constitue sa dernière contribution à la Confrérie avant sa mort en 1524.

Missions annexes et contenus secondaires dans la chronologie d’Ezio
La chronologie complète d’Ezio ne se limite pas aux missions principales. Plusieurs contenus enrichissent ou complexifient la frise :
- Les missions Cristina, accessibles dans Brotherhood, sont des flashbacks situés pendant la période d’Assassin’s Creed II. Elles racontent la relation amoureuse entre Ezio et Cristina Vespucci, ajoutant une dimension personnelle absente du jeu original.
- Le film court Assassin’s Creed Lineage se déroule avant la naissance d’Ezio et suit Giovanni Auditore, son père, dans ses activités d’Assassin à Florence et Milan. Ce contenu pose le contexte politique qui mène à la tragédie familiale.
- La Disparition de Da Vinci, DLC de Brotherhood, introduit un temple souterrain et un culte pythagoricien, élargissant la mythologie au-delà du conflit Assassins contre Templiers.
Jouer ces contenus dans l’ordre chronologique plutôt que dans l’ordre de sortie modifie la perception du personnage. La relation avec Cristina, par exemple, gagne en impact si elle est intercalée dans Assassin’s Creed II plutôt que découverte rétrospectivement dans Brotherhood.
Gameplay et vieillissement : ce que la trilogie Ezio a changé pour la saga
Ezio reste l’un des rares protagonistes de jeu vidéo que le joueur accompagne de la naissance à la mort. Ce parti pris narratif, conséquence directe du découpage évoqué par Jean Guesdon, a eu un effet concret sur le gameplay : chaque jeu ajuste les capacités d’Ezio à son âge et à son expérience.
Dans Assassin’s Creed II, le joueur apprend les bases en même temps que le personnage. Brotherhood introduit le recrutement et la gestion de la Confrérie, reflétant le rôle de leader d’un Ezio dans la force de l’âge. Revelations ralentit légèrement le rythme de combat pour traduire le poids des années, un choix de design qui a divisé les joueurs mais qui reste cohérent avec l’arc narratif.
Ce modèle de personnage vieillissant n’a pas été reproduit dans les opus suivants de la franchise. Les protagonistes postérieurs (Connor, Edward, les jumeaux Frye, Bayek) sont tous figés dans une tranche d’âge unique. La trilogie Ezio reste donc une exception structurelle dans l’histoire d’Assassin’s Creed, un cas où la chronologie du personnage dicte le rythme de la saga plutôt que l’inverse.

